ALAI, América Latina en Movimiento
2007-04-17
Mexico
Génomique, bio piraterie et peuples indigènes
Silvia Ribeiro
Il y a en cours de nombreux projets nationaux et internationaux pour prendre des échantillons de sang (ou d’autres tissus) et utiliser l’information génétique des peuples indigènes. Ce genre de projets vampire n’est pas un phénomène nouveau. Ça a été le véhicule privilégié pour la bio piraterie et le brevetage de gènes indigènes dans beaucoup d’endroits au monde. Avec les nouvelles technologies disponibles, les implications de ces projets vont au-delà de la bio piraterie individuelle, à établir des formes de contrôle social- à travers de l’identité- et d’exploitation commerciale –des entreprises pharmaceutiques et bioinformatiques- chaque fois plus larges et avec des conséquences insoupçonnées pour les peuples indiens et pour la société en général.
À l’échelle internationale il existe, entre autres, le Projet Génographique (de IBM et National Geographic) et le Projet HapMap (des Etats-Unis et d’autres gouvernements, en coopération avec de grandes transnationales pharmaceutiques et informatiques). Au Mexique, le pionnier en Amérique Latine, on remarque les activités réalisées par l’Institut National de Médecine Génomique (Inmegen), qui a commencé par affirmer que le Mexique était un pays « d’opportunités pour l’industrie pharmaceutique » à cause de ses « 60 groupes ethniques », mais après il a changé de langage pour dissimuler ses intentions, en soutenant que son projet Carte Génomique des Mexicains serait mis en place avec des populations « métisses ». Depuis le 22 mars dernier elle a enlevé à nouveau son masque, quand, à la demande du gouvernement répressif de Oaxaca et en présence de Ulises Ruiz, l’Inmegen a signé un accord avec les services de santé de l’Etat et les institutions d’études supérieures de cette entité, pour identifier les « groupes ethniques » de l’Etat. Ils ont commencé par la Sierra Norte et la Mixteca. De nombreux peuples sont visés, comme les tzeltales, wixarica /huicholes), ñahñúes (otomíes), comca’ac (seris) et d’autres, mais l’Inmegen et les institutions impliquées ne donnent pas d’information, voulant éviter la résistance des peuples indiens, leur principale matière première.
Depuis longtemps il existe de nombreux projets d’étiquetage sanguin des indigènes- qui aujourd’hui coïncident avec ceux de l’Inmegen- réalisé par les chercheurs de l’Association Mexicaine de Génétique Humaine, d’instituts académiques, comme le Centre Universitaire de la Ciénega, de l’Université de Guadalajara (CUCI-UdeG), et d’autres, comprenant l’Université Nationale Autonome du Mexique (UNAM). Souvent ces recherches sont liées aux programmes de santé publique, qui arrivent dans les villages pour prendre des échantillons soit disant pour des programmes de prévention. Il y a même des cas liés à la réception de programmes d’assistance, comme « Oportunidades ».
Ces projets ne servent- et ne serviront- à rien aux peuples indiens, mais pour les chercheurs a signifié des crédits académiques et bourses d’étude, et aux institutions des justifications pour demander l’assignation de ressources publiques, et dans les eux cas, produire de l’information qui par la suite sera capitalisées par les grandes entreprises pharmaceutiques. Dans certains cas, les échantillons prélevés ont été retrouvés dans des « banques génétiques » internationales, y jusqu’aujourd’hui on peut les acheter sur Internet, par exemple chez l’Institut Coriell des Instituts de Santé des Etats-Unis, il y a des copies du matériel génétique d’indigènes mexicains de divers peuples, tout comme les Amazoniens, caribéens et d’autres, à 85$ l’échantillon. Certains échantillons mis sur Internet ont été brevetés par des entreprises ou des chercheurs.
De nombreuses études d’anthropologie biologique et d’anthropologie physique basées sur des échantillons de sang de peuples indiens n’auraient pas pu être réalisés si les peuples avaient su le réel propos de ceux-ci. Un exemple parmi d’autres : les études comparatives entre les peuples purépecha, wixarica et rarárumi de Héctor Rangel Villalobos sont une insulte profonde envers ces peuples. Même si pour les chercheurs c’est juste une « investigation », pour les peuples de telles études et comparaison sont un outrage, qui ne serait jamais approuvée par leurs assemblées. Il est possible qu’on ait donné aux individus certaines informations sur le fait que ces échantillons étaient destinés à la « recherche scientifique », mais dans aucun cas on peut considérer un « consentement informé », car les personnes étudiées n’apportent pas une information individuelle, sinon information génétique de tout le peuple auquel elles appartiennent. Par conséquent c’est une question du peuple ou nation, non pas d’individus.
La plupart de ces projets affirment, néanmoins, que les personnes étudiées ont été informées et consultées auparavant. Mais l’information qui leur est donnée- quand ça arrive- est totalement fragmentaire et ne donne aucune idée réelle de ce qui peut arriver après avec les échantillons obtenus. Tel est le cas du projet Carte Génomique des Mexicains, du Inmegen. Le formulaire de « consentement informé » qui est remis par cette institution dit textuellement : On ne peut pas toujours prévoir le résultat de la recherche (sic) donc des risques peuvent surgir dans le futur que l’on ne peut pas prévoir maintenant ». Dans la pratique l’Inmegen délimite, de cette façon, l’usage que n’importe quelle personne, entreprise ou gouvernement fait de l’information génétique qu’ils extraient.
C’est une affaire extrêmement sérieuse, car l’Inmegen, qui existe grâce aux fonds publiques- et privés-, mais surtout grâce aux gènes de toute la population mexicaine, comprenant les indigènes, depuis sa fondation a des relations incestueuses avec de forts intérêts privés nationaux et avec des transnationales pharmaceutiques et bioinformatiques, qui ont pour unique objectif de s’enrichir avec cette information. Tout cela à travers des produits pharmaceutiques pour les minorités qui peuvent les acheter, mais aussi avec d’autres usages possibles. Par exemple, en vendant de l’information organisée à des bases de données gouvernementales (nationales ou étrangères) qui au futur –duquel l’Inmegen s’est déjà lavé les mains- peut être utilisé contre les mêmes peuples.
-Silvia Ribeiro et une chercheuse du groupe ETC
(Tradution Martín Tamayo Serrano)
http://www.alainet.org/active/16922
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